Chronique rédigée par François Barrière, vice-président, marchés internationaux, Banque Laurentienne du Canada.

De façon générale, comprendre l’évolution des devises lorsque les choses sont simples est déjà compliqué en soi. L’environnement économique et politique dans lequel nous vivons depuis deux ans complique encore plus la prise de décision. Sans prétendre être en mesure de répondre à toutes les questions, nous tenterons dans les paragraphes qui suivent, de clarifier tout le brouhaha causé par « la guerre des devises! »

 

Le rôle ultime d’une devise est de servir de courroie de transmission pour l’échange de biens entre les pays. Il est clair que tous les pays ne sont pas égaux. Certains sont pauvres, d’autres riches. Certains ont des matières premières, d’autres non. Certains ont des démographies positives, d’autres négatives. En fin de compte, on pourrait résumer par, certains sont plus compétitifs que d’autres. Une devise qui n’est pas contrôlée va donc fluctuer en fonction de cette compétitivité.

De 1990 à 1994, le gouvernement chinois a dévalué sa devise de 55 % et a commencé du même coup un impressionnant programme de développement de son infrastructure manufacturière. Aujourd’hui, les États-Unis ont un compte-courant négatif de 400 milliards de dollars alors que la Chine a un surplus de 300 milliards de dollars. Pas besoin d’aller loin pour chercher les raisons de la récente crise économique dans laquelle nous pataugeons encore. Il était clair que « l’Occidental » a autant besoin de sa dose de consommation quotidienne que le chinois a besoin de produire. Pour éviter de tomber dans un marasme économique, le gouvernement et la banque centrale des États-Unis alimentent encore aujourd’hui ce même consommateur d’argent « frais » et de taux d’intérêt anormalement bas.

Et lorsque la machine à imprimer se fait aller – signe inéluctable que l’économie est devenue « non compétitive » —, il serait normal de voir la devise américaine chuter. Mais chuter contre qui? Puisqu’une devise qui baisse en fait automatiquement monter une autre. Et comme le gouvernement chinois n’autorise pas sa devise à prendre de la force, il faut que ce soit les autres devises qui absorbent ce recul du billet vert. D’où leur mécontentement. Le Canada, l’Europe, le Japon et le Brésil voient tous la valeur de leur devise augmenter. Pas la Chine, ni l’Inde, ni Hong Kong, ni les pays du Golfe. Cette guerre est sans issue. Il faudra trouver autre chose pour régler ce déséquilibre économique. Si la diplomatie ne fonctionne pas, il reste toujours les sanctions.

Pour les entreprises, la solution demeurera toujours d’avoir en place une bonne politique de gestion des risques. Et surtout de ne pas laisser celle-ci être influencée par les commentaires spéculatifs.